Le Projet

Genèse, enjeux et trajectoire d’une décennie de recherche

Présentation générale

Le projet Fictions Génératives naît au croisement de deux traditions : d’un côté la longue histoire de la littérature combinatoire et procédurale (de l’OULIPO aux hypermedias des années 1990) ; de l’autre, l’irruption des algorithmes apprenants dans le champ de la création.

Depuis 2015, des chercheurs, artistes et enseignants de l’Université Paris 8 (laboratoire Paragraphe — EA 349, pôle CITU) et du Rochester Institute of Technology (School of Interactive Games & Media) collaborent pour :

  • théoriser les nouvelles formes de fiction produites ou assistées par des systèmes computationnels ;
  • concevoir des dispositifs pédagogiques permettant aux étudiants d’en être les auteurs ;
  • produire et exposer des œuvres hybrides (littérature, art numérique, jeu vidéo).

Contexte scientifique

La fiction a toujours été un laboratoire du possible. Avec les outils génératifs — modèles de langage (LLM), réseaux de diffusion, systèmes multi-agents — ce laboratoire acquiert une nouvelle dimension : la machine devient co-auteure, non comme métaphore mais comme réalité procédurale.

Les questions que nous posons :

Qu’est-ce qu’une fiction quand le texte, l’image ou le son qui la composent sont produits par un programme ? Qui en est l’auteur ? Que devient le lecteur ?

Ces interrogations s’inscrivent dans les humanités numériques, l’esthétique computationnelle et les game studies, et dialoguent avec des domaines voisins : sémiotique, narratologie, philosophie du langage, études cinématographiques.


Chronologie

2015

Lancement du partenariat Paris 8 – RIT. Premier séminaire commun autour de la generative fiction ; définition d’un cadre théorique partagé.

2016–2017

Premiers ateliers croisés. Échanges d’étudiants et de corpus ; expérimentations avec les grammaires de génération de texte (tracery, Markov chains).

2018

Colloque international « Machines qui racontent ». Paris 8, Saint-Denis — 15 communications, actes publiés.

2019

Intégration des GANs dans les projets étudiants. Premières installations artistiques mêlant génération d’images et textes procéduraux exposées à la Gaîté Lyrique (Paris).

2020–2021

Pivot numérique (crise COVID). Développement d’outils pédagogiques en ligne ; intensification de la collaboration à distance Paris 8 / RIT ; publication d’un numéro spécial dans Digital Humanities Quarterly.

2022

Tournant LLM. Intégration de GPT et des modèles de diffusion (Stable Diffusion, DALL·E) dans les cursus et les projets de recherche. Questionnement éthique et artistique intensifié.

2023–2024

Nouveaux financements et partenariats. Soutien du programme ANR « Écritures numériques » ; partenariat avec la BNF (résidences étudiantes) et le festival Ars Electronica.

2025

Dixième anniversaire. Exposition rétrospective, ouvrage collectif, workshop intensif franco-américain.


Cadre théorique

Le projet s’appuie sur quatre piliers conceptuels :

Pilier Auteurs / références clés
Narratologie computationnelle Ryan, Genette, Murray
Esthétique procédurale Bogost, Montfort, Cayley
Études des médias génératifs Manovich, Zylinska, Crawford
Écriture augmentée Bouchardon, Saemmer, Badir

Méthodes

Le projet articule :

  • Recherche-création — les œuvres produites sont à la fois objets d’étude et contributions théoriques.
  • Pédagogie par projets — les étudiants conçoivent, réalisent et documentent des fictions génératives dans un cadre critique.
  • Analyse de corpus — constitution et annotation de corpus d’œuvres génératives pour une analyse sémiotique et narratologique.
  • Prototypage d’outils — développement de plateformes et d’APIs facilitant l’expérimentation créative.